Ce troisième billet est dans le droit fil des deux premiers : relocaliser ses contenus sur ses propres outils et ne pas dépendre uniquement des réseaux sociaux (RS) et des GAFAM pour s’exprimer ou se tenir informé-e. Soit faire un bond dans le passé avec de vieux outils toujours aussi affûtés. Même si, soyons honnête, les RS demeurent intéressants à plus d’un titre. L’objectif est d’avoir un lieu à soi comme le dirait Virginia dans la traduction de Marie D. Bien évidemment, je ne parle que de ma toute petite expérience personnelle. Mais cela a un effet « défoulatoire » en cette période anxiogène.
L’ouverture des Carnets de bord au format blog permet de s’exprimer au-delà de 100 mots, de développer sa pensée et d’en garder une modeste trace filante dans l’espace virtuel. Quant au Shaarli, il agit comme un partage de liens avec un moteur basique de recherche (social bookmarking). Mais aujourd’hui, c’est sur un autre gros os préhistorique que je souhaite m’attarder : le RSS.
Qu’est-ce qu’un flux RSS ?
Si je reprends la page Wikipédia dédié au Really Simple Syndication (RSS) : « Un produit RSS est une ressource du World Wide Web dont le contenu est produit automatiquement (sauf cas exceptionnels) en fonction des mises à jour d’un site Web. Les flux RSS sont des fichiers XML qui sont souvent utilisés par les sites d’actualité et les blogs pour présenter les titres des dernières informations consultables. »
Ce qu’oublie de dire la page française, c’est qu’Aaron Swartz himself y contribua.
Grosso modo, vous consultez tout un tas de sites web pour votre travail ou vos loisirs et souhaitez être tenu-e au courant des nouvelles publications. Plutôt que de les consulter un par un chaque jour, ce qui s’avère un travail fastidieux, vous collectez les flux RSS desdits sites en question et vous les intégrez dans un outil, un agrégateur de flux RSS. Désormais, sans aller sur les sites, vous consultez votre agrégateur qui fait office de veille sur les actualités, vos centres d’intérêt et champs de recherches, etc. Magique. Et apaisant.
Ce qui est dommage, c’est que les flux RSS ne sont plus du tout mis en avant sur les sites, car ils ne permettent pas de garder l’internaute captif. Cependant, ils continuent à exister : encore faut-il les débusquer, voire les créer quand ils n’existent pas. Le plus simple est d’ajouter une extension dans votre navigateur, par exemple Feedbro si vous êtes sous Firefox. C’est nickel pour les récupérer d’un coup d’un seul, y compris pour une chaîne Youtube. Ou encore consulter des sites comme l’Atlas des flux RSS. Enfin, si le flux RSS n’existe pas, vous pouvez utiliser RSS bridge pour en créer un.
Comment utiliser un flux RSS ?
Mais ensuite ? Que faire avec tous ces flux collectés ? J’en viens à l’agrégateur de flux RSS, l’outil qui vous permet de lire les flux RSS (sinon, ce serait un chouilla compliqué vu la syntaxe !). Et là, vous avez plusieurs solutions qui s’offrent à vous. La plus simple et qui nécessite le moins de bidouillage, c’est d’en trouver un en ligne sur lequel créer un compte. Certains sont connus comme Inoreader ou encore Feedreader. Mais il s’agit de sites propriétaires. Payants parfois, ils peuvent fermer du jour au lendemain comme ce fut le cas avec Google Reader en 2013. Pof ! Évanouissement de tout votre travail de collecte et de classement de flux ! C’est ballot.
Autre solution, plus intéressante, car presqu’aussi simple mais gratuite, l’agrégateur de flux RSS intégré dans le navigateur. Je parlerai ici de Firefox, le meilleur d’entre eux car il est roux ! Plus sérieusement, vous installez l’extension Feedbro mentionnée plus haut, vous l’intégrez dans votre barre d’outils et vous l’utilisez en deux temps. Premier temps, vous récupérez le flux RSS. Deuxième temps, vous l’incorporez à Firefox et vous le classez dans un dossier dédié : « Sport », « Japon », etc.
Dernière solution qui nécessite davantage de connaissances techniques : tout comme pour Shaarli, l’objectif est d’installer un agrégateur sur votre serveur. Dans l’offre large qui existe, je vous recommande le logiciel libre FreshRSS. Et le must, c’est évidemment de pouvoir le lire sur son smartphone en hors-ligne. Pour cela Fresh RSS recommande une liste d’applications natives en fonction de votre système d’exploitation.
Mais pourquoi utiliser une technologie aussi vieille ?
Ce système présente plusieurs avantages. En voici quelques-uns :
- Ne plus dépendre uniquement des réseaux sociaux pour suivre l’actualité.
- Choisir ce que l’on suit et ne pas s’infliger certaines publications douteuses, complotistes, anti-humanistes, pièges à clics et j’en passe dont sont friands les RS.
- Choisir de sortir de sa « bulle de filtres » pour plagier Eli Pariser : il est tout à fait possible de créer un dossier avec, par exemple, des médias d’un bord politique différent.
- Gagner du temps en consultant l’agrégateur, au lieu de s’éparpiller entre divers sites.
- mais également, reprendre la main sur son temps, en évitant les effets de scrolling et de shoots de dopamine, nuisibles à notre capacité d’attention et de concentration.
C’est donc un outil supplémentaire pour se réapproprier un lieu à soi, dans le calme et l’apaisement.
