(Re)plonger dans le japonais avec Anki, AnkiDroid et AnkiWeb

Je n’ai jamais vraiment quitté le japonais depuis la fin de mes études. Au gré des circonstances, j’y revenais régulièrement, que ce soit lors d’activités professionnelles ou de voyages à titre privé. Mais cela fait plusieurs mois que j’ai repris de manière plus intensive la pratique de la langue. J’y vois l’un des (rares) aspects positifs de la situation de crise sanitaire que nous vivons actuellement.
Mais la volonté n’est rien si elle n’est pas soutenue par une méthode de travail. J’ai donc tâtonné avant de trouver la mienne qui soit en adéquation avec mon activité professionnelle, actuellement d’une rare densité en termes de charge et de stress. Si une simple todo list manuelle et hebdomadaire m’a aidée à me recentrer sur la manière dont je souhaitais utiliser mon temps libre, le logiciel Anki m’a permis de travailler le japonais comme je le souhaitais.
Ce billet est donc une invitation à découvrir une méthode personnelle de travail et un outil. Une méthode qui peut vous donner des idées pour définir et construire la vôtre.

Apprendre le japonais

Joies homophones de l’oral

Dire que le japonais n’est pas une langue facile à apprendre est de l’ordre de l’enfonçage de porte ouverte. Mais existe t-il une langue facile à apprendre ? Pour quel type de locuteur ? Et que recouvre t-on sous le terme « facile » ?
Il est souvent dit que la difficulté du japonais réside davantage à l’écrit qu’à l’oral. Il est vrai qu’en tant que Français, nous sommes confrontés à une langue dite « syllabique », avec des sons qui sont quasiment tous maîtrisés par un locuteur français. Alors que l’inverse n’est pas vrai : la langue française peut s’avérer être une torture orale pour les apprenants japonais. Mais dans le cas du japonais, « syllabique » signifie également une langue plus pauvre en variété de sons, et par voie de conséquence beaucoup d’homophones. Que celui qui ne s’est pas pris la tête sur la signification d’un kôshô et autre taishô me jette le première pierre… Enfin, les constructions grammaticales sont beaucoup moins simples à comprendre à l’oral qu’il n’y paraît !

Les syllabaires hiragana (gauche) et katakana (droite) – Source : Wikimédia

Immense plaisir de l’écrit

Bref, venons-en à l’écriture car là, effectivement, l’apprentissage se corse. Les syllabaires hiragana 平仮名 et katakana 片仮名 sont les premiers éléments d’écriture habituellement mémorisés. Puis, vient la partie immergée de l’iceberg nippon, les kanji 漢字. Ces caractères d’origine chinoise expriment un sens et comportent généralement plusieurs lectures qui dépendent du contexte dans lequel ils sont utilisés. Pour lire correctement un journal écrit en langue japonaise, il est admis qu’il faudrait en maîtriser au moins 2 000. Il s’agit donc d’un travail sans fin qui s’apparente à un immense tonneau des Danaïdes.
C’est ici que le travail de mémorisation entre en jeu. Un travail lourd, de longue haleine et surtout régulier. Un primo-apprenant de japonais doit s’y atteler chaque jour s’il veut espérer évoluer dans une langue où les progrès ne seront probablement pas aussi visibles que s’il se mettait à l’italien ou à l’espagnol (pour un locuteur français). J’en suis désolée mais il n’existe aucune autre solution que de prendre son stylo, une feuille et de s’y atteler. Répétition du geste pour ancrer physiquement le kanji en soi. Rabâchage de la prononciation pour conserver les sonorités en soi. A ce stade de l’apprentissage, écrire le kanji et ses différentes lectures me semble essentiel et l’utilisation d’outils informatiques est probablement trop précoce.

Mais il y a une bonne nouvelle : ce travail n’est pas si monotone qu’il n’y paraît ! Au fur et à mesure de l’apprentissage, il est possible de commencer à jouer avec les kanji. Telle partie du caractère se trouve également dans tel autre : exemples de dire 言, lire 読, raconter 語. Et pour ceux qui aiment créer des liens et des synesthésies entre les kanji, il existe la méthode développée par le philosophe américain, James W. Heisig, dite méthode RTK ou Remember The Kanji. Cette méthode a d’ailleurs été retranscrite en français par Jacques Maniette dans l’ouvrage, Les Kanjis dans la tête (dernière édition en date de 2019).

Le logiciel Anki

L’apprentissage des kanjis est probablement la partie la plus rebutante pour les primo-apprenants (ou la plus ludique pour celles et ceux qui aiment ce type de défi !). Mais après plusieurs années d’étude, une période d’arrêt dans l’apprentissage et un travail qui n’a que peu de relation avec le japonais, comment se relancer dans le jeu ? Sans prétendre le moins du monde à exposer une solution qui satisfasse tout le monde, j’ai trouvé la mienne et elle a pour nom Anki.

Principe de fonctionnement

Anki est le nom d’un logiciel libre développé à partir de 2006 par un informaticien vivant à Sydney, Damien Elmes. Anki 暗記 signifie « mémorisation » en japonais et se présente sous la forme de jeux (deck) de cartes-mémoires (flashcard). La carte-mémoire virtuelle se présente avec deux « faces » : le « recto » pose une question, le « verso » en dévoile la réponse. Charge à l’utilisateur de décider s’il a répondu correctement ou non. En fonction des réponses, le logiciel, qui fonctionne sur un algorithme de répétition espacée, proposera sur les prochaines sessions de réviser telle carte ou telle autre.


Il est possible de télécharger des jeux entiers de cartes-mémoires qui portent sur des matières variées : anglais, russe, mais également histoire, biologie, etc. Et la version 2.0 du logiciel a permis de rajouter du son et des images, démultipliant les possibilités de sujets à réviser. En japonais, certains jeux de cartes recensent plusieurs dizaines de milliers de kanji et de mots de vocabulaire. De quoi être rapidement démoralisé. C’est pour cela que le plus simple et le plus efficace est de créer soi-même son jeu de cartes.

Création des cartes

Plutôt que de créer une carte par kanji, j’ai préféré partir sur des cartes de vocabulaire. En effet, sauf cas particulier, je vous déconseille d’étudier les kanji un par un, car cela risque de vous dégoûter de la langue.
Mais avant de créer la carte du mot, il faut créer le modèle de cette carte. Pour cela, il vaut mieux respecter quelques règles de base : une carte courte, sans trop de champs à remplir, pour passer facilement d’une carte à l’autre, le maître mot étant la rapidité. Si le mot de vocabulaire peut être illustré d’une phrase, c’est le top. Enfin, il vaut mieux ne pas dépasser les cent cartes, quitte à repartir sur un nouveau jeu de cartes.

Anki – AnkiWeb – AnkiDroid : le secret de la synchronisation

Les trois logiciels ont chacun leur utilité propre et permettent de résoudre un problème crucial, celui de la synchronisation. Anki est le client lourd, à savoir le logiciel que j’ai installé sur mon ordinateur. Et c’est sur mon ordinateur que je crée mes cartes. Chaque soir, j’écoute et visionne des émissions japonaises pendant trente à quarante-cinq minutes, ce qui me permet d’identifier le vocabulaire que je souhaite acquérir : vocabulaire du quotidien, ou vocabulaire plus technique et spécialisé (par exemple, médical et scientifique en ces temps de pandémie). Généralement, j’essaie d’identifier cinq mots de vocabulaire par jour, utilisés dans un contexte précis pour faciliter le travail de mémorisation. Et je crée cinq cartes-mémoires.
A la fin de ce travail, je synchronise, ce qui permet de mettre à jour mon jeu de cartes sur AnkiWeb, le client léger sur lequel je me suis créée un compte. Puis, je prends mon smartphone, j’ouvre l’application AnkiDroid et j’appuie sur le bouton de synchronisation : le tour est joué, les cinq mots de vocabulaire sont bien descendus sur mon application mobile. Et c’est évidemment sur l’application mobile que je révise le vocabulaire. Le lendemain, rebelote. Révision sur AnkiDroid. Puis, écoute d’émissions et sélection de cinq mots de vocabulaire. Création des cinq cartes sur Anki. Enfin, synchronisation entre les trois instances.

Au final ?

Anki a eu un effet bénéfique en me redonnant le goût de travailler le japonais, même après une journée de travail particulièrement lourde et stressante. Il m’a également donné la sensation de progresser : ma routine est identifiée et bien établie pour chaque journée. Par ailleurs, il existe la session d’étude personnalisée qui permet de varier les révisions. Enfin, Anki permet de travailler n’importe où, n’importe quand, y compris en hors ligne.
Mais il faut garder en tête que cet outil est à coupler avec une méthode. Et qu’il vaut mieux l’utiliser quand on a déjà un niveau suffisamment bon en japonais. Je pense, – et cela n’engage que moi -, qu’il ne faut surtout pas faire l’impasse sur la phase d’apprentissage manuel : s’imprégner de la gestuelle du tracé et mémoriser les sonorités.

Pour aller plus loin

Et si votre bonne résolution pour l’année 2021 était de reprendre l’étude du japonais ?
Vous trouverez tous les liens utiles pour bien démarrer ci-dessous. A vos claviers !

  • Télécharger Anki pour Windows, Mac et Linux
  • S’inscrire sur AnkiWeb
  • Télécharger des paquets de cartes que des utilisateurs ont mis à la disposition de tous sur AnkiWeb
    • Les cartes sur le japonais sont disponibles ici.
    • Outre les langues, il est possible de réviser n’importe quelle matière : histoire, histoire de l’art, biologie, musique, droit, chimie, etc.
  • Télécharger l’application AnkiDroid (gratuite) pour smartphones et tablettes sous Android
  • Télécharger l’application AnkiMobile (payante) pour iPhone et iPad

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